Benjamin Lavernhe: «J’adore jouer des seconds rôles décalés»

Benjamin Lavernhe: «J’adore jouer des seconds rôles décalés»

Après « Le sens de la fête », vous revoilà à devoir réciter un discours de mariage, cela vous poursuit un peu, non ?

Lorsque je vais à des mariages, j’aime observer ce qu’il se passe : on retrouve les mêmes rituels, les mêmes types d’invités… et les discours ! Dans « Le sens de la fête », j’ai aimé joué ce personnage antipathique qui délivrait un discours interminable. En plus, face à Jean-Pierre Bacri, quel cadeau ! Quand Laurent Tirard m’a proposé le rôle d’Adrien dans « Le Discours », le script était accompagné d’un dessin de Fabcaro (l’auteur de la BD dont s’inspire le film) me représentant sur scène avec une bulle où il était mis « Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas faire long ». C’est toutefois le seul lien entre les deux films. Pour le reste, les personnages, l’histoire… n’ont rien en commun.

En tant qu’acteur, vous demande-t-on souvent de prendre la parole en public ?

Je l’ai fait dans le cadre de départs de comédiens de La Comédie française ; des amis dont j’étais proche, cela m’amusait de résumer leur parcours. J’ai aussi été témoin à des mariages et j’ai participé à des remises de prix comme les Molière et les César. C’est l’occasion de faire des blagues et de se prêter à un exercice d’écriture que je ne fais pas souvent. C’est assez exigeant. Ca me titille et me fait peur à la fois, on peut improviser, mais j’aime quand tout est bien réglé. En tout cas, moi, je me mets pas mal la pression.

Quelles sont les clés d’un bon discours ?

Il ne faut pas être trop long, il faut être drôle… Quand il y a une pointe d’esprit, que les gens rient, c’est bon signe. Ah oui, il vaut mieux ne pas trop boire avant (rires).

En quoi votre expérience du théâtre vous aide-t-elle à l’écran, en particulier ici où vous vous retrouvez souvent seul face à la caméra ?

Elle m’aide à avoir conscience de mon corps, à avoir moins peur aussi parce que je connais mes outils. Savoir manier les alexandrins, la prose, les différentes formes de langage et d’expression, ça m’est utile, ça me donne une certaine liberté technique. Ici, cela m’a vraiment aidé pour prendre en charge la narration particulière. Je devais beaucoup parler face à la caméra et je m’imaginais face à un public. C’était une sacrée gymnastique de passer de l’objectif à mes partenaires. Pour l’anecdote, durant le tournage, je jouais chaque soir « Les fourberies de Scapin » au théâtre, donc j’ai vraiment jonglé entre les deux univers non-stop.

On vous retrouve souvent dans des univers qui mêlent humour et gravité. Est-ce une coïncidence ou cela vous ressemble-t-il ?

Je vais un peu vers ça. Je choisis – et j’ai la chance de pouvoir le faire de plus en plus – des personnages qui m’intéressent, où il y a des choses fortes à jouer. Et en cela, j’adore jouer des seconds rôles un peu décalés. C’est parfois plus intéressant de jouer un personnage burlesque, un peu fou, qui permet de faire des pas de côté au second plan, plutôt qu’un premier rôle lisse. Il y a plein de seconds rôles magnifiques. Par contre, j’évite de me répéter. On a tendance à vite classer un acteur dans un type de personnage. Après « Le sens de la fête », par exemple, on m’a proposé plusieurs rôles de PDG antipathiques (rires).

En même temps, vous le faites bien !

Mais jouer un con ou un sale type, c’est jouissif ! Certains acteurs refusent ce genre de rôle de peur qu’on leur prête la même personnalité. Moi, pas du tout, il faut défendre ses personnages jusqu’au bout.

Critique : « Le Discours » de Laurent Tirard – 3,5

Benjamin Laverneh presque seul en scène

En quelques années et autant de rôles, premiers ou seconds, Benjamin Lavernhe s’est imposé comme l’une des nouvelles figures de proue du cinéma français. Pour beaucoup, il est ce marié insupportable dans « Le sens de la fête », où on le voyait balancer un discours interminable et égocentré. Coïncidence, on le retrouve ici dans la peau d’Adrien, un trentenaire un peu paumé, amené à devoir à prendre la parole lors du mariage de sa sœur Sophie (Julia Piaton, elle aussi, valeur montante de l’Hexagone) et de son beau-frère Ludo (Kyan Khojandi, dans un personnage de Monsieur Je sais-tout énervant, mais au final touchant). Sauf que, récemment largué et en pleine crise existentielle, le héros n’a pas, mais alors, pas du tout envie, de remplir ce rôle. Prenant régulièrement le public à partie, Benjamin Lavernhe porte cette comédie emplie de réflexions sur l’amour, la famille, la vie, bien aidé par une brochette de seconds rôles. Et ça lui va bien ! S.D.

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